La dernière génération de dinandiers
Traduit de l’anglais.
L’atelier de métal discret de Mohssine Benjalloun se trouve dans l’une des ruelles les plus fréquentées de la médina de Fès. Qu’un atelier soit installé dans un quartier aussi prisé est devenu une exception. Aujourd’hui, les artisans fassis se trouvent presque exclusivement dans des recoins enfouis au cœur de la médina ou aux confins lointains de la banlieue de Fès. On en croise rarement là où passent les touristes. Ces lieux très fréquentés sont désormais occupés par ceux que Mohssine appelle les « bazaristes », ceux qui vendent l’artisanat marocain sans le fabriquer.
Mohssine se souvient que les ruelles de Fès n’ont pas toujours ressemblé à ce qu’elles sont aujourd’hui. Il y a plusieurs décennies, alors qu’il n’était qu’un adolescent, il a commencé à apprendre le travail du métal auprès de son père. La demande pour leurs créations était florissante, tout autant qu’elle l’avait été pour son grand-père. Autrefois, se rappelle Mohssine, les artisans gagnaient suffisamment bien leur vie grâce à leur métier pour pouvoir innover et concevoir de nouveaux produits et de nouvelles idées. Il ne lui reste aujourd’hui que le souvenir de toutes ces boutiques alignées le long des ruelles de Fès, où les artisans croulaient sous le travail.
Mohssine se rappelle avec douleur qu’en grandissant, il a vu la demande pour son travail et pour celui de tous les autres artisans de Fès commencer à ralentir. Les « imitations bon marché venues de Chine », dit-il, ont contraint de nombreux artisans à fermer boutique, pour s’installer en banlieue de Fès ou tout simplement abandonner l’artisanat.
Mohssine a continué d’exercer son métier, même lorsque toutes les boutiques autour de lui se sont remplies de bazaristes revendant des produits similaires à des prix qui permettent à peine de faire vivre l’artisan qui les a fabriqués. Avec le temps, ses ventes se sont taries. Déterminé à garder son atelier, il a commencé à consacrer moins de temps à son art. Pour continuer à gagner sa vie, il passe désormais l’essentiel de son temps à fabriquer de simples jeux de société qu’il vend 3 $. Il s’occupe aussi, de temps à autre, de réparer des objets en métal que les gens apportent à sa boutique et s’essaie à la découpe de verre pour des cadres photo. Il gagne assez pour garder la boutique ouverte et faire vivre sa famille. Une photo de son grand-père, qui a acheté l’atelier il y a près de 100 ans, est accrochée au mur derrière lui, là où il travaille chaque jour.
De temps en temps, quand l’argent et le temps le permettent, Mohssine sort de grandes feuilles de cuivre et de laiton, ses vieilles cisailles à métal et un chalumeau, et se remet au métier qu’il aime. Son fils de dix ans, souvent assis sur le pas de la porte de l’atelier, regarde son père se plonger dans le travail fait main. « J’espère que mon fils ne deviendra jamais artisan », confie Mohssinne en commençant une nouvelle lanterne. « Il n’y a plus de travail. Il ferait mieux de faire autre chose. » Son fils observe en silence.
Mohssine reconnaît que le secteur de l’artisanat doit changer et innover s’il veut survivre au-delà de sa génération. Il rit en évoquant un documentaire télévisé qu’il a regardé récemment sur les fusées qui partent dans l’espace : « Il faut des centaines de personnes, toute une communauté, qui travaillent ensemble pour construire une fusée. » C’est l’effort et l’engagement de beaucoup qu’il faut pour faire revivre le secteur de l’artisanat. Bâtir un avenir où son fils pourra devenir artisan, affirme Mohssine, demandera l’effort collectif de toute une communauté.
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