Mieke chez Afous GAfous : la première résidence artisanale d'Anou
Traduit de l’anglais.

Mieke vient de terminer sa résidence auprès des femmes de la coopérative Afous GAfous à Lamdint, un village du Haut Atlas situé entre Marrakech et Ouarzazate. C'était la première résidence artisanale officielle accueillie par un groupe d'artisanes d'Anou, et elle marque le lancement du programme de résidences propre à Afous GAfous. Auparavant, nous avions organisé quelques séjours pilotes avec des membres du conseil d'administration d'Anou pour tester l'idée.
Mieke nous avait contactés avec une demande précise : elle voulait apprendre le tissage glaoui. Ce n'est pas quelque chose que nous pouvons toujours proposer à Fès. L'équipe d'artisanes de Fès change régulièrement : au-delà du tapis noué et du tissage plat, les styles que nous pouvons enseigner dépendent de qui est présent. Fatima, par exemple, est experte en tissage glaoui, mais elle n'est à Fès qu'un mois sur deux.
Le glaoui montre bien pourquoi c'est important. Ce style vient du sud-est du Haut Atlas, autour de Taznakht et de Ouarzazate, et tire son nom des Glaoua de Telouet. Un seul tapis glaoui combine trois techniques : des bandes de tissage plat alternent avec des bandes de velours noué et des sections de chedwi, où de la laine noire et blanche est enroulée autour des fils de chaîne pour former des diagonales et des courbes. C'est l'un des styles les plus difficiles à apprendre, et on ne peut vraiment l'apprendre qu'assise au métier à côté de quelqu'un qui le pratique depuis des décennies.
Le glaoui est la tradition qui a fait la réputation d'Afous GAfous. Alors, plutôt que d'attendre que la bonne tisserande passe par Fès, Mieke est allée à leur rencontre. Elle a vécu dans la famille de l'une des membres de la coopérative et a passé chaque journée à tisser avec le groupe, à apprendre quand passer d'une technique à l'autre, jusqu'au tapis terminé.
Voilà ce que rendent possible les résidences artisanales. Les résidents peuvent approfondir l'artisanat d'un groupe et les styles de sa région, et passer du vrai temps avec les femmes qui les font vivre. Pour les artisanes, cela transforme leur savoir-faire en un véritable revenu qui s'ajoute à ce qu'elles gagnent en vendant leur travail, et cela contribue à préserver la riche et foisonnante mosaïque d'artisanats que l'on trouve à travers le Maroc.
Comment fonctionnent les résidences Anou
Anou est une coopérative tournée vers l'entreprise, mais au fond, c'est un gigantesque programme de formation. Administration, service client, contrôle qualité, plaidoyer auprès des pouvoirs publics : presque tout ce dont ce blog a parlé au fil des années s'articule autour de la formation des artisans. Le programme de résidences que nous avons lancé à Fès en 2025 ne fait pas exception. Ce sont les artisanes qui animent les ateliers et les résidences Anou à Fès, et c'est là qu'elles apprennent ce qu'il faut pour bien accueillir des visiteurs. Avec le temps, elles rapportent ce qu'elles ont appris chez elles et organisent des résidences dans leurs propres villages. Ainsi, en venant à Fès, vous rejoignez un programme qui forme les artisans à l'avenir de leur métier.
Les résidences se déroulent en trois étapes, chacune un peu plus éloignée du confort de la ville :
- Fès. La résidence Anou officielle, accueillie au foundouk d'Anou, dans la médina.
- La filature d'Atlas Wool Supply Co. Bientôt disponible. Une étape intermédiaire dans la vallée des Aït Bouguemez. Vous passez toute la journée à l'atelier avec les artisans, et retrouvez toujours le soir un hébergement haut de gamme et des repas préparés.
- Les villages d'artisans. Immersion totale. Vous vivez dans une famille et tissez avec le groupe dans son propre espace, comme Mieke l'a fait avec Afous GAfous.
Les avis fonctionnent différemment à chaque étape. À Fès, nous utilisons un système d'évaluation interne pour chaque résidence et chaque atelier. Il est privé et sert à la formation, afin que les artisanes puissent tirer des enseignements des retours au fur et à mesure. Les résidences au village auront des évaluations publiques et plus détaillées. Chaque groupe fixe son propre prix et peut l'augmenter à mesure que ses notes progressent. Anou ajoute 20 % en plus, ce qui soutient la coopérative et nous aide à développer de nouveaux groupes. Si un groupe reçoit une mauvaise note, elle reste affichée jusqu'à ce que le groupe nous montre que le problème a été résolu.
Pourquoi les résidences au village sont expérimentales
Pour l'instant, les résidences au village sont surtout ouvertes aux personnes ayant déjà effectué une résidence à Fès. Les anciens résidents de Fès peuvent réserver directement avec l'adresse e-mail utilisée pour leur candidature à Fès. Les autres peuvent postuler via la page du groupe, et nous faisons des exceptions pour des demandes précises comme celle de Mieke.
Fès est une bonne introduction aux rythmes de la vie marocaine : le tempo de la journée, les repas partagés avec les personnes avec qui l'on travaille, les plans qui changent sans prévenir. Au village, on ressent tout cela de manière encore plus forte. Arriver avec une résidence à Fès derrière soi permet de s'installer bien plus facilement et d'en profiter pleinement.

La vie au village est aussi simple d'une manière à laquelle il faut un peu s'habituer. Les salles de bain sont rudimentaires, parfois avec des toilettes à la turque. Les maisons se trouvent sur des terres agricoles en activité, et l'hôpital le plus proche est en ville. Une assurance voyage est obligatoire pour tout séjour au village.
Cela laisse aussi du temps aux artisanes. Accueillir chez soi, dans un village isolé, est un grand pas. Commencer doucement permet à chaque groupe de réfléchir à ce qu'il souhaite pour sa résidence, d'améliorer son espace et d'affiner l'expérience à chaque visiteur avant que nous l'ouvrions plus largement.
Nous voulons aider les groupes à y arriver plus vite. Nous lancerons bientôt un fonds de subventions via la Fondation Anou, auquel les soutiens pourront donner directement pour aider les groupes d'artisans à rénover leurs ateliers et leurs logements. Chaque amélioration offre une meilleure expérience aux résidents et nous rapproche du jour où les résidences au village seront ouvertes à tous les résidents et à tous les groupes d'artisans d'Anou.
La vision d'ensemble
À terme, nous voulons que chaque groupe d'artisans d'Anou puisse accueillir des visiteurs du monde entier et partager son savoir-faire chez lui.
Cela fait partie de ce qu'Anou construit depuis le début. Sur Anou, les artisans vendent directement leur travail, sans intermédiaires qui prennent leur marge. Nous voulons que toutes les autres sources de revenus que peut apporter l'artisanat, comme les visites, les ateliers et les résidences, fonctionnent de la même façon. Cet argent doit revenir aux coopératives elles-mêmes, et non à des intermédiaires déguisés en entreprises artisanales.
C'est plus important que jamais. La mise en place chaotique de la CNSS, le système national de sécurité sociale du Maroc, a gravement nui aux coopératives artisanales. Avec bien d'autres pressions, elle a rendu le modèle coopératif traditionnel obsolète. Pour survivre, les groupes doivent évoluer, ce qui implique de réfléchir sérieusement à leur façon de gagner leur vie, en s'appuyant sur autant de sources que possible.
Livré au marché, l'artisanat marocain se retrouve sans cesse cantonné à quelques catégories étroites : des styles qui se vendent bien à l'étranger, produits pour des marques dirigées par des étrangers dans les ateliers de Sidi Ghanem. L'artisanat marocain est l'un des meilleurs au monde grâce à sa diversité, aux centaines de styles régionaux tissés dans les villages de tout le pays. Il ne l'est pas parce qu'il serait plus efficace de tout fabriquer dans un seul atelier, et cela vaut aussi pour l'atelier d'Anou à Fès. Pour que cette diversité survive, l'économie doit fonctionner pour les artisans là où ils vivent. Si les groupes ne peuvent pas évoluer, l'avenir de l'artisanat marocain passera par Sidi Ghanem, et non par les villages où bat son cœur. Les ateliers et les résidences sont l'un des nombreux moyens que nous développons pour éviter cela.
Le marché du fait main évolue rapidement, et il est souvent hostile à celles et ceux qui fabriquent. Dépendre d'une seule source de revenus est un risque qu'aucun artisan ne devrait avoir à prendre. Notre objectif est de permettre facilement aux artisans de gagner leur vie de plusieurs façons : ventes en ligne, accueil de visiteurs et de résidents, travail au siège d'Anou à Fès ou à la filature d'Atlas Wool Supply Co. Avec cette stabilité, les artisans peuvent se concentrer sur leur métier, gagner un salaire décent et faire vivre des traditions comme le glaoui pour les générations à venir. Quels que soient les changements à venir, Anou s'efforce de faire en sorte que l'artisanat sorte de chacun d'eux plus fort qu'avant.
Venez y prendre part
Vous voulez aider tout cela à grandir ? Venez faire une résidence. Nous voulons que tout le monde vienne.
Commencez par une résidence à Fès et revenez une autre fois séjourner auprès d'un groupe d'artisans, ou faites les deux en un seul voyage. Nous sommes toujours ravis que les résidents combinent leur résidence à Fès avec un court séjour auprès d'un groupe. En ce moment, Afous GAfous et l'Association Tithrite, à Aït Hamza, à deux heures au sud de Fès, accueillent toutes deux des résidents. Vous les trouverez sur la page Résidences artisanales.
Quel que soit votre choix, vous ne vivrez pas seulement une expérience formidable. Vous ferez partie du gigantesque programme de formation d'Anou, et vous jouerez un vrai rôle dans l'avenir d'Anou et de l'artisanat au Maroc. Nous ne voyons rien de plus enthousiasmant.
Si vous avez une demande précise comme celle de Mieke, ou des questions, contactez-nous sur Instagram ou écrivez-nous à hello@theanou.com.
Soutenez ce travail
Anou appartient aux artisans eux-mêmes et est géré par eux — les programmes décrits dans ces histoires sont entièrement financés par les ventes de la boutique et par des soutiens comme vous. Votre don développe directement le travail mené par les artisans à travers le Maroc.
Faire un don pour les artisans