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The Atlas Wool Supply Co : bâtir un marché moderne des matières premières artisanales au Maroc

Traduit de l’anglais.

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Ce tapis n'a pas seulement été dessiné par Kenza de l'Association Tithrite : c'est aussi le premier tapis réalisé avec la laine qu'Anou s'approvisionne elle-même et des teintures non toxiques et respectueuses de l'environnement.

L'hiver dernier, une coopérative de la communauté Anou a reçu une commande importante et a eu du mal à tenir les délais qu'elle s'était elle-même fixés. Chaque fois qu'une tisserande commençait à travailler sur la commande, elle tombait malade, et une autre artisane prenait le relais. Les tisserandes disaient qu'elles avaient simplement attrapé un rhume les unes après les autres, mais il était évident que quelque chose clochait. Quoi qu'il se passe, cela semblait aller bien au-delà d'une simple excuse. Intrigués, nous avons décidé de faire venir les tisserandes à notre siège pour qu'elles y travaillent, afin de mieux suivre l'avancement de la commande et de comprendre le véritable problème. Moins de 24 heures après leur arrivée dans nos locaux, les yeux des artisanes ont commencé à gonfler, et si nous ne les avions pas arrêtées, leurs yeux auraient fini par se fermer complètement. Les artisanes étaient bel et bien malades, mais pas à cause d'un rhume : elles faisaient de graves réactions allergiques aux matières avec lesquelles elles tissaient.

Nous avons toujours eu le sentiment que les artisans tombaient malades plus souvent que le reste de la population, sans jamais disposer de données pour le prouver. Peut-être était-ce le résultat des nombreuses difficultés auxquelles sont souvent confrontées les populations des zones rurales et pauvres. Mais après avoir fait venir les tisserandes dans nos locaux, il est apparu clairement que les matières utilisées par les artisans, qu'ils en aient conscience ou non, semblent jouer un rôle important dans leur état de santé. Et cela prouve en tout cas qu'il y a quelque chose de profondément défaillant dans le marché des matières premières artisanales, un marché qui tue, au sens propre comme au figuré, la communauté artisanale du Maroc. Pour pouvoir bâtir l'avenir de l'artisanat marocain au Maroc, nous ne pouvons plus fermer les yeux sur le manque de matières sûres, naturelles et de qualité dans le pays.

Des problèmes familiers

Garantir aux artisans l'accès à des matières de qualité peut sembler simple à résoudre, mais, comme souvent, ce problème découle d'un vaste ensemble de problèmes complexes. Pourtant, après près d'un an passé à nous plonger dans le marché des matières premières au Maroc, nous avons constaté que tous ces problèmes prennent racine dans la façon dont l'économie artisanale marocaine est structurée.

Comme nous l'avons écrit à maintes reprises sur ce blog, les intermédiaires conservent en moyenne 96 % du prix de vente final des produits sur le marché de l'artisanat. Nous avons rencontré des groupes où les intermédiaires ne paient même pas les artisans en argent, mais simplement en matières premières supplémentaires pour qu'ils fabriquent davantage de produits. Dans bien des cas, les intermédiaires ont réduit le coût de la main-d'œuvre à zéro. La concurrence reste pourtant féroce, si bien que les matières deviennent le prochain levier pour préserver les marges. Chaque décision prise par les intermédiaires vise donc à éliminer tous les coûts et à rogner sur tout ce qui peut l'être pour obtenir la matière la moins chère possible. Et comme les intermédiaires contrôlent la majeure partie du marché, ce sont leurs exigences qui déterminent en grande partie ce qu'achètent les artisans.

L'un des plus importants vendeurs de matières premières artisanales au Maroc vend désormais plus de 90 % de matières synthétiques importées d'Inde et de Chine. Lorsqu'on lui a demandé pourquoi il ne vendait pas de matières authentiques, qui pourraient en théorie être produites localement, il a répondu que les intermédiaires n'achètent pas de produits naturels, et que les artisans ne gagnent pas assez en travaillant pour les intermédiaires pour pouvoir s'en offrir eux-mêmes.

Demande intérieure et confusion

Le plus étrange, c'est que le Maroc regorge de matières naturelles — celles-là mêmes qui ont donné naissance au secteur artisanal marocain. Il n'est pas impossible de trouver des matières naturelles comme la laine, mais s'en procurer n'est pas si simple. Dans certains cas, les matières naturelles peuvent même être plus nocives pour la santé d'un artisan qu'une matière synthétique. Par exemple, les groupes qui utilisent de la laine plutôt que des fils acryliques confient leur laine à des teinturiers de Marrakech et de Fès pour obtenir les couleurs souhaitées. Teindre correctement 1 kilogramme (2 livres) de laine, en fixant chimiquement la teinture à la fibre tout en évitant tout impact environnemental, peut demander jusqu'à deux heures de travail. Après avoir travaillé plusieurs mois dans les teintureries, nous avons été choqués de découvrir que les teinturiers utilisaient des teintures bon marché et bâclaient le travail en sautant l'étape de fixation chimique : ils « collaient » la teinture à la laine à l'aide de fortes concentrations de substances toxiques comme le formaldéhyde. Ce procédé ne prend que 20 minutes pour teindre plusieurs kilogrammes de laine. Non seulement cette teinture a énormément tendance à déteindre, mais elle nuit aussi à la santé de toute personne en contact avec cette laine, y compris le client final. Si vous vous êtes déjà demandé pourquoi les souks et les marchés marocains ont la réputation de vendre des tapis qui déteignent ou provoquent des allergies, voici la raison.

Ce qui rend la situation encore plus difficile, c'est qu'il est quasiment impossible d'obtenir des informations sur l'origine réelle et la composition de ces matières. Par exemple, une laine teinte au formaldéhyde peut déteindre après un nombre de lavages apparemment aléatoire, et pas forcément dès le premier. Un vendeur de laine ou un teinturier peut donc assurer à un artisan que la laine est sûre et ne déteint pas, effectuer devant lui un test de dégorgement sommaire, puis la matière déteindra une fois que l'artisan aura déjà vendu son produit à son client. Dans certains cas, les histoires racontées par les vendeurs prennent une vie propre. Ainsi, la très populaire soie de cactus, connue et vendue localement sous le nom de sabra, n'est même pas cultivée ni transformée au Maroc. En réalité, toute la sabra disponible localement au Maroc est une matière semi-synthétique importée d'Inde. Même après des mois de recherches, nous n'avons trouvé aucune preuve que la sabra soit, ou ait jamais été, cultivée et transformée commercialement au Maroc.

Lancement de The Atlas Wool Supply Co

Ce que nous avons appris très tôt en construisant Anou, c'est que si l'on veut bien faire les choses au Maroc, il faut tout simplement les faire soi-même. C'est pourquoi, depuis l'automne 2016, nous apprenons et testons des idées et des procédés afin de développer notre propre filière d'approvisionnement en matières premières pour la communauté Anou. Et après de longs mois, nous sommes ravis d'annoncer le lancement de l'Atlas Wool Supply Co, la seule source de matières artisanales de qualité au Maroc. Notre ambition est de faire revivre les filières d'approvisionnement de toutes les matières traditionnelles marocaines et de les proposer à prix coûtant aux artisans de la communauté Anou.

Comme la majorité de nos artisans sont des tisserands, la première gamme de matières que nous avons développée concerne la laine. Nous avons mis en place des filières d'approvisionnement en laine entièrement intégrées verticalement et respectueuses de l'environnement, dans le Moyen Atlas comme dans le Haut Atlas. Des artisans d'Anou, rémunérés avec un salaire décent, sont chargés de repérer les bergers et de tondre la laine directement sur les moutons, ainsi que de la laver et de la filer. Une fois filée, la laine est expédiée à notre siège, où l'équipe d'artisans d'Anou est formée pour la teindre dans des milliers de couleurs à l'aide de colorants synthétiques non toxiques haut de gamme et de teintures naturelles d'origine locale. Les artisans d'Anou peuvent désormais simplement passer un coup de fil ou envoyer un message WhatsApp pour commander la couleur de leur choix, que ce soit pour un nouveau design ou pour une commande sur mesure, et recevoir les matières demandées directement dans leur village. Pour la première fois, les artisans membres d'Anou peuvent garantir que leurs matières sont de grande qualité et exemptes de substances toxiques nocives pour la santé des personnes et pour l'environnement. Personne d'autre au Maroc, intermédiaires ou autres, ne peut garantir ce fait simple mais essentiel. Sachant cela, pourquoi mettre en danger votre santé et celle des artisans en achetant des produits auprès de personnes incapables de garantir l'origine de leurs matières ?

Engagez-vous et soutenez Anou

Nos échantillons ont suscité un tel enthousiasme que nous avons décidé de mettre nos matières en vente sur www.atlaswoolsupply.co. Nous prévoyons de cataloguer toutes les couleurs que nous avons teintes afin de créer la collection de couleurs de laine la plus complète en ligne. Ainsi, même si vous ne cherchez pas encore de tapis, mais que vous tricotez ou tissez, vous pouvez désormais soutenir la coopérative Anou en achetant des matières auprès de l'Atlas Wool Supply Co. L'intégralité des recettes de chaque vente est versée au budget général d'Anou pour intégrer de nouveaux artisans et proposer davantage de formations aux artisans de la communauté Anou. Des entreprises comme The Citizenry et des organisations comme Turquoise Mountain ont déjà commencé à s'approvisionner chez nous pour leurs projets. Et dès le mois prochain, toutes les grandes boutiques de fils de Londres proposeront nos matières à la vente.

Grâce à votre soutien, nous n'aurons plus jamais à nous demander si les artisans tombent malades à cause des matières qu'ils tissent, et les matières comme les couleurs ne seront plus jamais un frein à la créativité des artisans marocains.

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Mustapha Chaouai, de l'Association Nahda, collecte des échantillons de laine auprès de bergers de tout le Moyen Atlas. Les échantillons ont été envoyés à des laboratoires pour des tests de qualité et de finesse.
Rabha
Au siège d'Anou, Rabha Akkaoui teste des techniques de lavage de la laine apprises en étudiant les procédés d'entreprises lainières néo-zélandaises.
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Anou fournit de la laine lavée à des coopératives de tout le Moyen Atlas et du Haut Atlas, comme Imelghaus, pour qu'elles la filent. Les coopératives tirent de ce travail un revenu qui complète celui de leurs ventes sur Anou.
Kenza
Au siège d'Anou, Kenza, de l'Association Tithrite, teint de la laine commandée par des membres de la communauté Anou. Anou expédie la laine teinte directement aux artisans dans tout le pays.
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Brahim El Mansouri utilise le système de codification des couleurs d'Anou pour identifier les mélanges de teintures permettant d'obtenir les couleurs précises requises pour une commande sur mesure.

Soutenez ce travail

Anou appartient aux artisans eux-mêmes et est géré par eux — les programmes décrits dans ces histoires sont entièrement financés par les ventes de la boutique et par des soutiens comme vous. Votre don développe directement le travail mené par les artisans à travers le Maroc.

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