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· Behind The Scenes · Community · Vision · Par helloanou

Suspendre une coopérative de la boutique en ligne d’Anou

Traduit de l’anglais.

Ce mois-ci, nous avons décidé de suspendre le compte de l’une des coopératives les plus connues du Maroc. Même si la décision a été difficile à prendre, surtout en pleine effervescence des fêtes de fin d’année, elle était nécessaire, car nous sommes convaincus que la transparence est l’une des pierres angulaires de la communauté d’Anou.

Comme nous l’avons déjà écrit à de nombreuses reprises, un accès limité aux ressources, conjugué à l’analphabétisme et à un faible niveau d’instruction, contribue aux environnements difficiles et opaques dans lesquels les artisans travaillent souvent. Résultat : beaucoup d’artisans savent très peu de choses de ce qui se passe au sein de leurs propres groupes d’artisans, associations ou coopératives. Et même lorsqu’ils sont en mesure de voir que quelque chose ne va pas, ils ont souvent trop peur de dénoncer le problème pour qu’il soit résolu. Il devient alors terriblement facile pour n’importe qui, y compris des membres de leur propre coopérative, de profiter d’eux.

Malheureusement, c’est ce qui se passait dans la coopérative que nous avons suspendue. Nous soupçonnions depuis longtemps qu’un petit groupe de femmes au sein de la coopérative détournait de l’argent ou, selon le point de vue, couvrait les « frais » de fonctionnement de la coopérative. Cependant, nous n’avions jamais eu de preuve établissant au-delà de tout doute raisonnable que de l’argent était effectivement volé.

Renforcer la transparence

Au cours des derniers mois, nous avons continué à renforcer nos efforts en matière de transparence. Nous avons notamment pris l’initiative d’appeler par téléphone les artisans indiqués comme fabricants de produits vendus, afin de confirmer combien ils avaient touché grâce à leur vente. Par ailleurs, plusieurs membres de la coopérative se sont sentis suffisamment en confiance pour contacter des artisans responsables d’Anou et les alerter des problèmes au sein de leur coopérative. Tout cela nous a permis de dresser un tableau fidèle de ce qui se passait au sein de la coopérative.

La première chose que nous avons découverte, c’est la véritable histoire derrière deux commandes sur mesure légèrement non conformes que la coopérative avait récemment réalisées. La présidente nous avait expliqué que les erreurs de motif venaient du fait que les articles étaient faits à la main. La cliente avait aimablement accepté les tapis tels quels. Mais en réalité, la présidente avait acheté des tapis similaires sur un marché local et empoché une marge de 400 %.

Nous avons également appris que les membres de la coopérative ignoraient qu’ils ne touchaient que 50 % du prix affiché sur leur boutique en ligne sur Anou. Les responsables affirmaient que les 50 % restants servaient à couvrir les frais de la coopérative. La manière dont une coopérative répartit ses revenus ne nous regarde pas, mais cela devient un problème lorsqu’aucun des membres n’est au courant ni ne l’a accepté. En l’occurrence, les membres n’avaient jamais été informés, et ni eux ni les responsables n’étaient capables d’expliquer clairement en quoi consistaient les frais de la coopérative. Tandis que les responsables s’emmêlaient en essayant de mettre de l’ordre dans leurs comptes, il est apparu, de manière décourageante, que ces 50 % allaient exclusivement à trois membres du groupe.

Les valeurs d’Anou

Ces agissements ont non seulement bafoué les valeurs de la communauté d’Anou, mais ils ont aussi menacé la confiance que la communauté a bâtie avec les milliers de clients qui ont acheté sur la boutique en ligne d’Anou. Les artisans responsables d’Anou ont rapidement décidé de suspendre le groupe.

En préparant cette suspension, nous avons approfondi notre enquête afin de définir les conditions que la coopérative devrait remplir si elle souhaitait réintégrer la communauté. Au cours de cette enquête, nous avons découvert que la coopérative n’avait pas tenu d’assemblée générale depuis plus de deux ans. Or, la tenue d’une assemblée générale annuelle est une obligation légale pour les coopératives marocaines. C’est lors de ces réunions que les membres s’accordent sur la répartition des paiements au sein de la coopérative. Sans assemblée générale, personne ne savait clairement où allait l’argent des ventes, et personne ne pouvait être tenu responsable. Dans ces conditions, il est extrêmement facile de faire disparaître de l’argent.

Nous avons décidé que si la coopérative voulait réintégrer la communauté d’Anou, elle devrait tenir une assemblée générale et fixer, par écrit, le pourcentage des ventes de sa boutique en ligne destiné à couvrir les dépenses de la coopérative. Tous les membres devraient signer ce document, et un artisan responsable d’Anou pourrait être présent sur demande. Après une réunion plutôt tendue, les artisanes ont finalement accepté ces conditions. Une fois qu’elles seront remplies, nous rouvrirons leur boutique sur TheAnou.com et nous ferons un suivi auprès de chaque artisane après chaque vente afin de garantir que chacun rende des comptes. À l’heure où nous écrivons ces lignes, les artisanes n’ont pas encore tenu leur réunion, mais elles nous ont assuré qu’elle aurait lieu prochainement.

Le problème de fond

Le plus triste dans cette histoire, c’est peut-être que cette coopérative n’est pas la seule où des problèmes similaires pourraient se produire. En fait, il est assez facile de trouver ce genre de groupes. Nous avons appris que les coopératives dont les membres sont exploités vendent souvent par l’intermédiaire d’entreprises du commerce équitable, où l’honnêteté et l’égalité ne sont jamais mesurées ni contrôlées jusqu’au niveau de chaque membre.

L’un des défis consiste donc à continuer de développer la transparence au sein de la communauté d’Anou, alors que les coopératives les mieux connectées aux entreprises du commerce équitable seront sans doute les plus susceptibles de quitter la communauté plutôt que de réformer leur façon de travailler. Nous avons contacté certaines de ces entreprises du commerce équitable pour leur proposer de passer leurs commandes par l’intermédiaire de la communauté d’artisans d’Anou, où la transparence est garantie. Cela leur permettrait d’avoir l’assurance que leurs paiements arrivent bien à destination. Pourtant, une entreprise du commerce équitable a récemment décliné notre proposition. Selon elle, en apprenant aux artisans à vendre de manière indépendante plutôt que par des intermédiaires, Anou leur apprend à « travailler en dehors du système plutôt qu’à l’intérieur ».

Si vous cherchez sur Google le nom de la coopérative que nous venons de suspendre, vous trouverez plusieurs articles rédigés par des entreprises du commerce équitable qui portent ses membres féminins aux nues. Ces articles présentent les membres qui détournaient l’argent de la coopérative comme des modèles de leadership, des mains sûres œuvrant à préserver leur savoir-faire et leur patrimoine. Ces affirmations ne sont pas fausses, mais elles réduisent les artisans à de simples caricatures qu’il faudrait sauver. Ce n’est guère surprenant : lorsqu’on associe une connaissance limitée du terrain à l’objectif premier de vendre à des prix extrêmement gonflés, ces entreprises du commerce équitable ont tendance à passer sous silence le fait que les artisans ne sont ni plus ni moins humains que les personnes qui achètent leurs produits.

Les artisanes à l’origine de la suspension de leur coopérative ne sont ni des criminelles ni des saintes. Leurs actes sont simplement le résultat des environnements opaques et difficiles dans lesquels elles travaillent. Instaurer la transparence dans ces environnements est compliqué, si compliqué que les seules personnes capables d’en fixer les règles sont les responsables de la communauté d’artisans eux-mêmes. C’est pourquoi il est si important que ce soient des artisans qui dirigent la communauté d’Anou. Aujourd’hui encore, les responsables d’Anou cherchent comment créer une plateforme véritablement transparente qui fonctionne pour tous les artisans. Même s’il faudra du temps à la communauté pour perfectionner la plateforme d’Anou, nous ne pourrions rêver d’un meilleur système à construire.

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