Instaurer la transparence dans un environnement qui en manque cruellement
Traduit de l’anglais.
Rabha, formatrice d'artisans chez Anou, a rendu visite la semaine dernière à l'une des coopératives présentes sur Anou. Son objectif : présenter à la coopérative les nouvelles plateformes d'Anou, sur ordinateur et sur mobile. On lui avait assuré que toutes les femmes seraient prêtes, mais à son arrivée, seule la moitié de la coopérative était là.
Rabha était loin de se douter que, peu après qu'elle eut fixé ce rendez-vous la semaine précédente, les membres de la coopérative s'étaient violemment disputées. Il semblerait qu'une partie d'entre elles estimait que les recettes d'une récente foire artisanale ne correspondaient pas à la quantité de produits réellement vendus. Deux membres, lasses d'avoir le sentiment d'être flouées, ont cessé de travailler à la coopérative. Les autres se sont disputé le droit de participer à la prochaine foire artisanale. Elles ont fini par trouver un compromis : deux membres différentes s'y rendraient chaque jour, même si le coût d'une telle décision allait sans aucun doute engloutir tous les bénéfices de la coopérative.
S'il y a bien une chose que j'ai apprise en plusieurs années de travail au Maroc, c'est que le manque de transparence engendre rumeurs et frustration, qui se muent ensuite en une méfiance érodant peu à peu l'efficacité des institutions marocaines. Les petites coopératives, comme celle décrite plus haut, n'y échappent pas. Presque toutes les coopératives ou associations que nous rencontrons possèdent un énorme potentiel, mais la méfiance de leurs membres les unes envers les autres freine toujours le groupe.
C'est là l'aspect du commerce équitable que l'on néglige. Si les principes du commerce équitable insistent sur la transparence, ils tiennent rarement compte de la transparence au sein même des groupes avec lesquels travaillent les organisations du commerce équitable. Tout simplement parce que beaucoup d'organisations ne travaillent pas assez étroitement avec les artisans pour savoir ce qui se passe à l'échelle individuelle. Une organisation peut virer la somme exacte, mais au-delà, elle ne peut pas faire grand-chose en matière de transparence. Dans quelle mesure peut-elle être sûre que son virement profitera à tous les membres d'un groupe, et pas seulement à la présidente ? Pire encore, comment peut-elle savoir que son virement n'a pas tout simplement fait voler en éclats une coopérative déjà paralysée par la méfiance ? Les modèles actuels de commerce équitable ne peuvent pas répondre à ces questions : il n'est pas financièrement viable pour les organisations d'effectuer un suivi aussi détaillé.
Chez Anou, nous avons conçu un système qui crée réellement de la transparence, au lieu d'en faire un simple mot à la mode. Lorsqu'un article est acheté sur Anou puis expédié, le paiement des artisans est immédiatement versé sur leur compte bancaire local. Anou envoie un SMS à la présidente du groupe d'artisans pour confirmer le montant déposé, accompagné de la référence du virement. Nous envoyons également un e-mail et un MMS contenant une copie du reçu de virement. Si le montant indiqué dans le SMS diffère de celui qui apparaît sur le compte de l'artisan, nous demandons aux artisans de nous appeler directement afin que nous puissions examiner l'écart.
Nous avons toutefois vite compris que cela ne suffisait pas, car la question de la transparence au sein même de l'association ou de la coopérative restait entière. Quand les groupes se déchirent, ils ne publient plus d'articles sur Anou, ils négligent l'expédition des produits ou, pire, ils cessent de produire et mettent la clé sous la porte.

La semaine dernière, nous avons lancé un nouvel outil qui va enfin remédier à ce problème. Désormais, lorsqu'un article est vendu, ce n'est plus seulement la présidente de la coopérative ou de l'association qui en est informée, mais aussi chaque artisan ayant contribué à sa fabrication. Le SMS envoyé à chaque artisan contributeur indiquera le numéro d'identification du produit ainsi que son prix de vente. Ainsi, chaque membre ayant participé à un produit saura exactement à quel prix il a été vendu. Dans l'esprit du modèle de microfinance de Mohammed Yunis, les artisans seront en mesure de se demander mutuellement des comptes dans un cadre de totale transparence.
Pour renforcer l'efficacité de ce dispositif, Anou appellera régulièrement les artisans pour s'assurer qu'ils ont bien reçu la somme qui leur était due. Si nous constatons un problème, nous pouvons tout simplement suspendre le compte d'un artisan sur Anou jusqu'à ce que la situation soit réglée.
À la fin de sa réunion avec la coopérative divisée, Rabha a présenté ce nouvel outil prometteur, destiné à instaurer la transparence au sein du groupe. Les membres de la coopérative ont été enthousiasmées par l'idée et avaient hâte de l'utiliser. La plus enthousiaste ? La présidente, alors en pleine tourmente, qui sentait qu'avec Anou, elle pourrait gagner la pleine confiance de son équipe et permettre à la coopérative d'exploiter tout son potentiel.
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